{"id":1728,"date":"2021-04-06T08:03:41","date_gmt":"2021-04-06T08:03:41","guid":{"rendered":"https:\/\/feuilles.net\/?p=1728"},"modified":"2021-05-03T07:02:25","modified_gmt":"2021-05-03T07:02:25","slug":"il-y-a-150-ans-la-commune-aujourdhui-il-faut-venger-gervaise","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/feuilles.net\/archives\/il-y-a-150-ans-la-commune-aujourdhui-il-faut-venger-gervaise\/","title":{"rendered":"IL Y A 150 ANS LA COMMUNE, \u00ab\u00a0AUJOURD\u2019HUI IL FAUT VENGER GERVAISE \u00ab\u00a0"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>ENTRETIEN AVEC RUE DE LA COMMUNE<\/strong> (<a href=\"https:\/\/faisonsvivrelacommune.org\/la-commune-en-chantant-une-numero-special-dactualites-de-la-commune\/\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Trouv\u00e9 ici<\/a>)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>On vous avait rencontr\u00e9 en juin, depuis vous avez abouti sur le conte musical et philosophique que vous pr\u00e9pariez ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Anouk Colombani : <\/strong>Depuis juin, on s\u2019est concentr\u00e9es sur faire aboutir notre id\u00e9e de conte musical autour des blanchisseuses pendant la Commune. Le site rendait compte des recherches, maintenant il abrite l\u2019\u00e9volution de la fabrication du conte et des parties du conte. On a finalis\u00e9 les textes et surtout mis en musique. Puis est venu le temps de trouver les interpr\u00e8tes et enfin l\u2019enregistrement de la musique. Les conditions avec le Covid rendaient difficile d\u2019imaginer comment tout cela allait pouvoir se r\u00e9aliser. Sans compter la fermeture des lieux de concert, l\u2019arr\u00eat des projets culturels\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mymytchell : <\/strong>C\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 des copains du conservatoire municipal de Pierrefitte-sur-Seine et \u00e0 des lieux artistiques de Stains que tout s\u2019est d\u00e9bloqu\u00e9,&nbsp; et&nbsp; notamment &nbsp;\u00e0 Th\u00e9o Errichiello. Certains sont devenus intermittents, comme Th\u00e9o, d\u2019autres continuent la musique comme \u00e7a, mais sont de tr\u00e8s bonnes musiciennes ou chanteuses, d\u2019autres sont devenues com\u00e9diennes. Puis des camarades rencontr\u00e9s en Haute-Garonne depuis dix ans que j\u2019y vis se sont ajout\u00e9s. On est un peu \u00e9cartel\u00e9 entre les lieux et en m\u00eame temps on cr\u00e9e des liens qu\u2019on voulait cr\u00e9er. Tout ce monde a permis de mettre en action la musique et les personnages. Avec tout \u00e7a, on a travaill\u00e9 \u00e0 une unit\u00e9 sonore m\u00eame si on trouve plusieurs rythmes diff\u00e9rents : on ouvre avec une comptine puis un rap, et ensuite on a de la tarentelle, du piano concerto\u2026<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Vous y chantez des textes de la Commune ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Non, nous avons cr\u00e9\u00e9 des chansons, qui &nbsp;correspondent \u00e0 un personnage ou sont collectives. Chacune reprend une th\u00e9matique qui nous int\u00e9ressait : l\u2019engagement, la maternit\u00e9, les m\u00e9tiers f\u00e9minins,&nbsp; la&nbsp; lutte, la&nbsp; mort\u2026 Il &nbsp;y a une prose communarde, m\u00e9lang\u00e9e avec une prose actuelle. Comme le site, le conte&nbsp; raconte une &nbsp;histoire au plus vrai, mais il n\u2019a pas une vocation historienne. En travaillant sur la Commune, on se dit que c\u2019est aussi que ce qui s\u2019est mis \u00e0 manquer, c\u2019est une prise en charge populaire de l\u2019\u00e9v\u00e9nement. Les choses peuvent avoir une vocation historique sans vis\u00e9e historienne. C\u2019est peut-\u00eatre m\u00eame l\u00e0 qu\u2019elles entrent d\u00e9finitivement dans l\u2019histoire. \u00c0 un moment, pour diverses raisons, la Commune a perdu son caract\u00e8re populaire pour devenir un objet de chicane entre historiens. Pour ces 150 ans, on veut participer \u00e0 un mouvement qui consiste \u00e0 redonner une actualit\u00e9 \u00e0 la Commune, et on assume ainsi une lecture qui ouvre des possibles aujourd\u2019hui. En l\u2019occurrence, notre fil principal, c\u2019est de montrer des femmes au travail qui militent et s\u2019engagent. Pas des amoureuses, des femmes de, ou des romantiques, des travailleuses qui luttent pour \u00e7a et portent aussi la fiert\u00e9 ouvri\u00e8re. Or \u00e7a, \u00e7a manque pour les femmes d\u2019hier et les femmes d\u2019aujourd\u2019hui. Surtout en musique, o\u00f9 on fait chanter aux femmes uniquement l\u2019amour.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Et d\u2019o\u00f9 vous est venue la musique ?<\/strong><br><strong>Mymytchell : <\/strong>J\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 faire des m\u00e9lodies que j\u2019ai propos\u00e9es \u00e0 Anouk puis on en a expos\u00e9 certaines lors de \u00ab concerts confin\u00e9s \u00bb. C\u2019\u00e9tait parti. Avec Th\u00e9o, on a ensuite fait des maquettes plus complexes avec plus d\u2019instruments. On a fait dans le grandiose en utilisant certes, l\u2019accord\u00e9on et&nbsp; la&nbsp; guitare,&nbsp; mais&nbsp; aussi&nbsp; le piano, le violon, des cuivres\u2026 Mine de rien, tout \u00e7a pose des questions sur la musique populaire. Qu\u2019est-ce qu\u2019on s\u2019autorise ? C\u2019est l\u00e0 que le conservatoire municipal revient en force. Cent cinquante ans sont pass\u00e9s et aujourd\u2019hui les instruments sont plus populaires qu\u2019avant. Or un orchestre, c\u2019est toujours plus impressionnant qu\u2019une guitare seule ou qu\u2019un accord\u00e9on, aussi beaux soit-ils. Et puis les communards ont port\u00e9 une id\u00e9e de la musique pour tous, je pense aux textes de Varlin sur les chorales, sur la lecture des notes, ou encore \u00e0 la sc\u00e8ne o\u00f9 Louise Michel joue de l\u2019orgue dans ses <em>M\u00e9moires. <\/em>Ce que je vous dis sur les instruments populaires ne vaut que si on d\u00e9fend les conservatoires municipaux, mais aussi un vrai apprentissage de la musique \u00e0 l\u2019\u00e9cole, etc. C\u2019est un outil d\u2019\u00e9mancipation, la musique ; or, depuis les ann\u00e9es 80, nos oreilles sont satur\u00e9es de musiques calibr\u00e9es. C\u2019est \u00e0 nous, militant\u00b7e\u00b7s, de proposer autre chose et de diffuser cette autre chose. Et de continuer \u00e0 inventer des chansons, car c\u2019est en cr\u00e9ant de nouvelles chansons qu\u2019on rend audibles les pr\u00e9c\u00e9dentes.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Le conte s\u2019appelle <em>Il faut venger Gervaise, <\/em>pourquoi ce nom ?<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Gervaise, on l\u2019a reprise \u00e0 Zola, c\u2019est le nom de l\u2019h\u00e9ro\u00efne de <em>L\u2019Assommoir. <\/em>Elle est blanchisseuse et boite, mais la litt\u00e9rature dit d\u2019elle qu\u2019elle est jolie. Zola dit avoir voulu d\u00e9crire les milieux ouvriers avec ce roman, il choisit ce qu\u2019il consid\u00e8re \u00eatre d\u2019un grand r\u00e9alisme et le roman a pour fil l\u2019alcoolisme, d\u2019abord des deux \u00ab hommes \u00bb de Gervaise puis de Gervaise elle-m\u00eame, qui s\u2019occupe par ailleurs tr\u00e8s mal de ses enfants. <em>L\u2019Assommoir <\/em>para\u00eet en 1876, pas tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s la Commune, mais les milieux ouvriers y sont d\u00e9crits sous un angle tr\u00e8s n\u00e9gatif, les ouvriers sont en concurrence tout le temps, et en particulier les ouvri\u00e8res. Si les romans de Zola d\u00e9crivent la mis\u00e8re, ils sont aussi tr\u00e8s anti-ouvriers et anti-femmes. D\u2019ailleurs, on pourrait aussi venger Nana, la fille de Gervaise, dont le roman est assez terrible. On sait que Zola a \u00e9crit des choses terribles sur la Commune, mais ses romans ont tout de m\u00eame \u00e9t\u00e9 mis en avant par le mouvement ouvrier, qui fait m\u00eame des conf\u00e9rences \u00e0 partir de ces livres d\u00e8s les ann\u00e9es 1880. S\u2019il a eu son utilit\u00e9 en son temps, pour nos imaginaires contemporains, nous devons construire, d\u00e9terrer d\u2019autres choses sur les milieux populaires et ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Du coup, vous ne travaillez plus sur la musique communarde ? <\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mymytchell : <\/strong>Si, on a maintenu une activit\u00e9 autour de faire conna\u00eetre et partager les chansons des communards. On&nbsp; a&nbsp; anim\u00e9,&nbsp; par&nbsp; exemple, un temps chant\u00e9 &nbsp;dans une formation syndicale, on doit intervenir dans des \u00e9tablissements scolaires. C\u2019est un exercice \u00e9tonnant de chanter en entier ces chansons tr\u00e8s longues, pas toujours faciles \u00e0 reproduire en termes d\u2019air. On confirme aussi que beaucoup de militant\u00b7e\u00b7s ont envie de chanter, de chanter des vraies paroles, longues et qui font vibrer, et les chanter ensemble. Certains airs seront pr\u00e9sents dans le conte aussi. Et l\u2019id\u00e9e du conte musical \u00e9tait de &nbsp;donner un aspect grandiose par le biais d\u2019un m\u00e9dium central dans la transmission de la Commune : sa musique et ses chansons. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>A. C<\/strong>.: Ce dont on se rend compte aussi, c\u2019est que les chansons communardes sont souvent les seuls \u00e9l\u00e9ments qu\u2019on conna\u00eet de la Commune. Et une grande partie d\u2019entre elles portent sur la Semaine sanglante, m\u00eame pour le centenaire, les mises en musique seront souvent sur des textes parlant de la r\u00e9pression, donc m\u00e9caniquement, en g\u00e9n\u00e9ral, de la Commune de Paris, on conna\u00eet La Semaine Sanglante. M\u00eame Le Temps des cerises est associ\u00e9 \u00e0 la Semaine sanglante, alors que c\u2019est une chanson ant\u00e9rieure \u00e0 la Commune. Il y a quelques chansons sur la mis\u00e8re comme La Canaille ou Jean Mis\u00e8re. Et enfin il y a les chansons programmatiques, comme L\u2019Internationale ou La Marseillaise des communards, celle-l\u00e0 on l\u2019a oubli\u00e9e, mais L\u2019Internationale on oublie aussi souvent que c\u2019est la prose communarde, enfin une certaine prose communarde. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><strong>Mymytchell: <\/strong>Ce qu\u2019on tire aussi de ces chansons, c\u2019est justement la grandiosit\u00e9 des m\u00e9lodies. Et les mises en musique qui se sont faites depuis. La musique, la chanson sont des combats, il faut nous les r\u00e9approprier aussi. Le rap a pu servir \u00e0 \u00e7a pendant un temps, mais c\u2019est de moins en moins le cas, surtout qu\u2019on ferme les studios d\u2019enregistrement gratuits et publics des banlieues, c\u2019est le cas \u00e0 Pierrefitte, par exemple. <\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><strong>On vous avait rencontr\u00e9 en juin, depuis vous avez abouti sur le conte musical et philosophique que vous pr\u00e9pariez ?<\/strong><\/p>\n<p><!-- \/wp:paragraph --><\/p>\n<p><!-- wp:paragraph --><\/p>\n<p><strong>Anouk Colombani : <\/strong>Depuis juin, on s\u2019est concentr\u00e9es sur faire aboutir notre id\u00e9e de conte musical autour des blanchisseuses pendant la Commune. 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